L’olivier

Combien ils sont beaux ces oliviers du jardin de Gethsémané ! Peut-être est-ce à l’un de ceux-ci que pensait l’apôtre Paul en écrivant ce verset à l’adresse de l’église de Rome constituée de non juifs :

« Si la racine est consacrée, les branches le sont aussi. Ainsi en est-il d’Israël : quelques branches ont été coupées, et toi, par ton origine païenne, tu étais comme un rameau d’olivier sauvage, tu as été greffé à leur place et voici que tu as part avec elle à la sève qui monte de la racine de l’olivier cultivé. »
Romains 11:17

L’olivier, emblème de fécondité, symbole de gloire et de paix !
Comment ne pas être impressionné par ce tronc tortueux, crevassé, qui se scinde en deux énormes branches disparaissant dans un feuillage vert et argent ?

Comme dans tout arbre, de ces branches partent un grand nombre de rameaux.

Mais revenons à Paul et à sa drôle de botanique !

Ce vieux tronc représente le peuple hébreu, né de la promesse faite à Abraham ; tronc où tous les noms de l’Ancien Testament viennent s’afficher : Moïse, David, rois, prophètes… et Jésus.

C’est après la mort de ce dernier que se forment les deux branches.

  • La première représente le peuple juif qui n’a pas reconnu Jésus comme Messie. En l’an 70, la dispersion a eu lieu. Malgré cela, il reste attaché au tronc par sa fidélité aux Écritures.
  • La deuxième branche est constituée des disciples de Jésus, rejoints progressivement par des non-juifs, greffés comme des rameaux sauvages.

Habituellement, on greffe une bonne branche sur un tronc sauvage.
Ici, Paul décrit l’inverse : une branche sauvage greffée sur un olivier cultivé.

Il est important de noter que cette branche n’a pas été plantée à côté, mais greffée sur le même tronc.

👉 C’est un point souvent oublié dans l’histoire du christianisme.

Cette branche représente l’Église primitive décrite dans les Actes et les Épîtres, dans la continuité des Évangiles.

Les rameaux

Ce sont les différentes dénominations issues des grandes branches :

  • traditions juives
  • églises chrétiennes

Les feuilles

Toutes ne sont pas en bonne santé :

  • certaines s’assombrissent
  • d’autres tombent

La sève ne circule plus.

👉 Cela représente ceux dont la foi est devenue rituelle et vide de sens.


La sève et les fêtes

La sève qui monte de la racine nourrit tout l’arbre.

Nous suivons cette sève à travers les trois grandes fêtes de pèlerinage :

  • Pessah (Pâque)
  • Shavou’ot (Pentecôte)
  • Souccot (Fête des cabanes)

Ces fêtes étaient :

  • obligatoires
  • perpétuelles
  • célébrées à Jérusalem

« Convoquez le peuple pour qu’il se rassemble afin qu’il me rende un culte »
Lévitique 23:2

Le peuple affluait de tout Israël et de la diaspora.

L’arrivée à Jérusalem était déjà une fête :
on montait vers le temple en chantant les psaumes des degrés.


Dates des fêtes

Pessah

  • 14 Nissan (1er mois)
  • Mars / Avril
  • Fête des premiers fruits

Shavou’ot

  • 6 Sivan (3ème mois)
  • Mai / Juin
  • Fête de la moisson

Souccot

  • 1er Tishri (7ème mois)
  • Septembre / Octobre
  • Fin des récoltes
  • Début de l’année civile

👉 L’image de l’olivier nous rappelle une vérité essentielle :
nous vivons de la même racine, nourris par la même sève.

L’Olivier et … Pessah

Olivier

Mais d’abord, que signifie ce mot hébreu : Pessah ?
Il vient du verbe « passer par-dessus, sauter », traduit par la Pâque.

Cette fête se poursuit pendant 7 jours et prend le nom de « fête des pains sans levain ».


La racine

Commençons logiquement par la racine de notre olivier afin de comprendre la signification profonde de cette fête.

Revenons 3500 ans en arrière. Les Hébreux sont esclaves en Égypte. Dieu charge Moïse de ramener son peuple en terre promise.

Malgré 9 plaies, Pharaon refuse. La dixième plaie s’annonce.

Le chapitre 12 de l’Exode décrit la préparation :

  • tuer un agneau
  • marquer les portes avec son sang
  • manger rapidement
  • être prêts à partir

Pendant la nuit :

l’ange de la mort passe… mais saute par-dessus les maisons marquées du sang.

👉 C’est l’origine du mot Pessah.

Pharaon cède. Le peuple sort.

Puis miracle :

👉 la mer s’ouvre
👉 les Hébreux passent
👉 les poursuivants sont engloutis

Le chemin de la liberté est ouvert.

Alors s’élève le chant de Moïse :

« Je veux chanter pour l’Éternel, Il a fait éclater sa gloire »

Et Myriam répond :

« Chantez pour l’Éternel »


Le tronc

Moïse transmet l’ordre :

  • célébrer chaque année Pessah (14 Nissan)
  • manger du pain sans levain pendant 7 jours
  • offrir sacrifices et offrandes

Le lendemain du shabbat :

👉 une gerbe d’orge est présentée à Dieu.

Au fil des siècles :

  • le « repas de misère » devient un repas de fête
  • avec vin, rituels et psaumes

Au temps de Jésus

Les disciples préparent Pessah à Jérusalem.

Ce repas devient pour les chrétiens :

👉 la Cène

Jésus dit :

« Ceci est mon corps »
« Ceci est mon sang »

Ces gestes s’inscrivent dans le rituel du repas pascal.


Accomplissement

Le lendemain :

👉 Jésus meurt, Agneau de Dieu

Trois jours après :

👉 Il ressuscite

Comme les Hébreux passant la mer :

👉 Il passe de la mort à la vie

Le chemin de la vraie liberté est ouvert.

La « branche juive »

Voyons maintenant comment cette sève a évolué dans la branche juive, comment se vit cette fête dans le peuple juif aujourd’hui.

Elle commence par le repas du Seder, la veille de Pessah, après le coucher du soleil (début du 1er jour), repas familial mais ouvert aux invités. Tout est parfaitement ordonné par la Haggadah (livre liturgique) transmise et suivie à la lettre de génération en génération, permettant aux israélites dispersés dans le monde entier de garder l’unité et la mémoire de leur foi et de leur histoire.

Les préparatifs consistent à purifier la maison de toutes traces de levain, ce qui donne lieu à un grand nettoyage. Il faut aussi sortir et laver « la vaisselle de Pessah » : la plus belle réservée à cet effet ; enfin la préparation de la table demande un soin spécial pour dresser le « plat de Pessah » à plusieurs compartiments et différents niveaux.

Tout étant prêt, la fête peut commencer. C’est le père de famille qui prie et répond aux questions.

Après s’être assuré qu’il n’y a plus trace de levain en cherchant avec une bougie dans tous les recoins de la pièce, il proclame l’invitation « que quiconque a faim vienne et mange » suivie de la bénédiction « du Saint-Béni soit-Il » pour les productions agricoles.

Tout le monde s’approche. Mais pourquoi la porte reste-t-elle ouverte et une place inoccupée ? C’est qu’on espère la venue du prophète Élie qui doit précéder le Messie. Si c’était ce soir ?

Prenant place à table, les enfants s’étonnent et posent leurs questions ; tous sont là depuis le plus instruit jusqu’à celui qui ne sait pas encore parler, en passant par le simplet et le révolté. Comme chaque année, le père donne l’explication de tous ces mets bien particuliers. Il s’agit de transmettre à chaque enfant tout l’enseignement concernant l’histoire de leurs ancêtres depuis Abraham.

Mais surtout on s’attarde sur cet épisode où les Hébreux vont quitter l’Égypte :

  • les herbes amères trempées dans l’eau salée symbolisent les larmes et l’amertume
  • la « harossette » rappelle l’argile des briques
  • l’os d’agneau évoque le sacrifice et le sang protecteur
  • l’œuf dur rappelle la destruction du temple de Jérusalem

Puis le récit repart avec Josué, David… pendant environ 2 heures, entrecoupé de prières, de la bénédiction des 4 coupes de vin et des 3 matsot.

Arrêtons-nous sur ces matsot. Une matsah est une galette de farine et d’eau, sans levain. Le père prend celle du milieu, la partage en deux parts inégales et cache la plus grosse appelée « l’aphikomen ».

À la fin du repas, il la ramènera. Certains y voient le retour des juifs en Israël, d’autres une image de la résurrection ou du retour du Messie.

Enfin le repas est servi dans la joie. Il se termine par une action de grâce envers Dieu.

La soirée continue avec les psaumes du Hallel, puis des chants et des histoires pour les enfants.

Le lendemain commence la fête des pains sans levain. On lit à la synagogue les textes de la sortie d’Égypte, de la traversée de la mer, et Ésaïe 11 annonçant le Messie. Pendant le shabbat, on lit le Cantique des Cantiques, symbole de l’amour de Dieu pour son peuple.


La « branche chrétienne »

Les apôtres ont fait le lien entre les agneaux de Pessah et Jésus crucifié. Le sang des agneaux qui a sauvé les premiers-nés fait écho au sang de Jésus répandu « pour beaucoup » (Mat 26:28).

Jean affirme : « Parce que Jésus a versé son sang, nous sommes purifiés de tous péchés » (1 Jean 1:7).

Ésaïe 53 annonçait ce sacrifice : « semblable à un agneau mené à l’abattoir ».
Jean-Baptiste déclare : « Voici l’Agneau de Dieu ».
Paul affirme : « Nous avons un Agneau pascal… le Christ » (1 Cor 5:7).

Il ajoute :
« Célébrons la fête… avec les pains sans levain de la pureté et de la vérité ».

Les premiers chrétiens vivaient leur foi dans les maisons, où ils « rompaient le pain » et priaient ensemble. Le repas du Seigneur rappelle ce dernier Seder avec Jésus.

La prédication des apôtres reposait sur la mort et la résurrection :
« Si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine » (1 Cor 15:17).

La résurrection ouvre le passage vers la vie éternelle. Comme les Hébreux sortant d’Égypte, le croyant passe de l’esclavage à la liberté.

Par le baptême :
« Vous avez été ensevelis avec le Christ… et ressuscités avec Lui » (Col 2:12).

Se convertir, c’est changer de direction, renoncer aux idoles et entrer dans une vie de liberté avec Dieu.

L’homme découvre alors son éloignement de Dieu, mais accepte avec soulagement le salut offert par Jésus. Le baptême devient le signe de ce chemin de liberté.

Comme Ésaïe 11 annonce le Messie, Apocalypse 17:14 proclame :
« L’Agneau les vaincra… Roi des rois ».

Le Cantique des Cantiques trouve son écho en Apocalypse 19 :
« Voici les noces de l’Agneau… sa fiancée s’est préparée ».


En bref

Pessah (juifs)

  • protection des premiers-nés par le sang de l’agneau
  • libération de l’esclavage en Égypte
  • présence de Dieu dans l’histoire
  • attente du Messie

Pâques (chrétiens)

  • salut par le sacrifice de Jésus
  • libération par sa résurrection
  • présence de Dieu au quotidien
  • attente de la victoire finale et des noces de l’Agneau